Un devis de freelance a deux fonctions qu'on a tendance à confondre. C'est un document contractuel : une fois signé, il vaut contrat et engage les deux parties. Et c'est un document commercial : c'est souvent la seule chose que votre prospect lira vraiment avant de décider.
La plupart des freelances traitent le premier point et négligent le second. Résultat : des devis parfaitement conformes qui restent sans réponse. Voici la méthode pour couvrir les deux.
Avant d'ouvrir le document : cadrer la mission
Le devis se rédige en dernier, pas en premier. Si vous ouvrez un fichier avant d'avoir répondu à ces trois questions, vous allez chiffrer à l'aveugle et le regretter.
Que livrez-vous exactement ? Pas « un site internet », mais « un site de 6 pages sur WordPress, à partir d'une maquette fournie par le client, avec formulaire de contact et mise en ligne ». La différence entre les deux formulations, c'est trois semaines de travail non facturé.
Qu'est-ce qui n'est pas compris ? L'hébergement, les contenus rédactionnels, les photos, les licences, la formation à l'outil, la maintenance. Chaque élément que vous ne listez pas comme exclu sera considéré comme inclus par votre client. Ce n'est pas de la mauvaise foi de sa part : il ne connaît pas votre métier.
Combien d'allers-retours ? « Deux séries de retours groupés sont comprises, les suivantes sont facturées à 60 €/h. » C'est la ligne qui vous sauve sur les missions créatives.
La structure d'un devis freelance
L'en-tête
Votre identité complète (nom ou raison sociale, adresse, SIREN), celle du client, un numéro de devis, la date d'émission et la durée de validité. Rien d'original, mais l'absence de numéro de devis est le premier signal d'amateurisme que perçoit un service achats.
Le corps : le décompte détaillé
Une ligne par prestation, avec quantité, unité, prix unitaire et total. Évitez comme la peste la ligne unique « Développement du site, 4 500 € ». Non seulement elle est contestable juridiquement, mais elle est commercialement désastreuse : elle donne au client un seul chiffre à comparer, sans rien pour justifier son niveau.
Comparez :
| Prestation | Qté | P.U. | Total |
|---|---|---|---|
| Cadrage et arborescence | 1 j | 500 € | 500 € |
| Intégration des 6 pages | 4 j | 500 € | 2 000 € |
| Développement du formulaire | 1 j | 500 € | 500 € |
| Recette, mise en ligne, formation | 1 j | 500 € | 500 € |
Le total est identique. Mais le second devis raconte un travail, alors que le premier annonce un prix.
Le pied
Total HT, TVA (ou mention de franchise), total TTC, conditions de paiement, et la mention « Bon pour accord » avec date et signature.
Chiffrer sans se tromper
Trois erreurs reviennent systématiquement chez les freelances qui débutent.
Chiffrer le temps passé, pas la valeur livrée. Si votre expertise vous permet de faire en 3 heures ce qu'un autre fait en 3 jours, facturer 3 heures revient à vous punir d'être bon. Raisonnez en prix de la prestation, pas en coût de production.
Oublier le temps non productif. Les réunions, les mails, la recette, les retours, l'administratif. Sur une mission de 10 jours facturés, comptez-en facilement 2 de coordination. S'ils ne sont pas dans le prix, ils sortent de votre marge.
Calquer son taux journalier sur un salaire. Un TJM de 400 € ne fait pas 400 × 218 jours de revenu : il faut retrancher les charges, les congés, la prospection, les périodes creuses et les factures impayées. Un freelance facture rarement plus de 140 à 160 jours par an.
Les mentions obligatoires à ne pas oublier
Le devis n'a pas de liste légale unique, contrairement à la facture, mais plusieurs mentions sont attendues : identité complète, détail chiffré des prestations, prix HT et TTC, taux de TVA, durée de validité, conditions de paiement.
Si vous êtes en franchise en base de TVA (le cas de la majorité des auto-entrepreneurs), attention à un changement récent : depuis le 1er septembre 2026, la référence légale n'est plus l'article 293 B du CGI mais l'article L. 223-3 du CIBS. La mention devient « TVA non applicable, art. L. 223-3 du CIBS ». C'est une recodification à droit constant : votre régime ne change pas, seule la référence change.
Le détail complet, secteur par secteur, est dans notre guide des mentions obligatoires sur un devis.
Fixer une durée de validité (et s'en servir)
La loi ne vous impose pas de durée précise pour un devis de prestation de service : vous fixez celle que vous voulez, et à défaut de mention, c'est un délai raisonnable qui s'applique, trois mois selon l'usage.
C'est donc un levier commercial et vous devriez l'utiliser comme tel. Trente jours est un bon standard : assez long pour laisser le client s'organiser, assez court pour que l'échéance existe. Elle vous donne surtout un prétexte naturel de relance à J+25, sans avoir l'air d'insister.
Elle vous protège aussi. Un devis chiffré en janvier et signé en septembre, c'est un tarif de janvier appliqué à un planning de septembre.
Ce qui fait la différence entre un devis lu et un devis signé
À conformité égale, voici ce qui déplace vraiment le taux d'acceptation.
Une ligne de contexte en tête. Une phrase qui reformule le besoin du client avec ses mots à lui : « Vous souhaitez refondre votre site vitrine avant le lancement de votre nouvelle offre en novembre. » Le client voit immédiatement que vous avez écouté.
Une option, jamais trois. Un devis avec une offre de base et une option clairement identifiée transforme la question « est-ce que je signe ? » en « qu'est-ce que je prends ? ». Au-delà de deux choix, vous créez de l'hésitation, pas de l'envie.
L'envoi rapide. Un devis envoyé dans les 48 h après l'échange arrive pendant que le besoin est encore chaud. À J+10, le prospect a vu deux concurrents et vous n'êtes plus qu'une ligne dans un tableau comparatif.
Un format qui se signe sans friction. Le PDF qu'il faut imprimer, signer, scanner et renvoyer coûte des signatures, tout simplement parce qu'il crée trois occasions d'abandonner.
Les modèles par métier
Plutôt que de repartir d'une page blanche, partez d'une base déjà structurée pour votre activité : les postes de prestation, les exclusions et les mentions spécifiques y sont déjà en place.
- Modèle de devis développeur : pour les missions de développement web et applicatif
- Modèle de devis graphiste : avec la cession de droits, poste que 90 % des devis oublient
- Modèle de devis UX designer : recherche, wireframes, itérations
- Modèle de devis community manager : au forfait mensuel
- Modèle de devis expert SEO : audit, accompagnement, production
- Modèle de devis webmaster : maintenance et TMA
- Modèle de devis monteur vidéo : au projet ou à la journée
L'ensemble des métiers couverts est dans la bibliothèque de modèles de devis.
Un bon devis freelance cadre la mission avant de la chiffrer, détaille ligne par ligne au lieu d'annoncer un total, dit explicitement ce qui n'est pas compris, porte les mentions légales de votre statut, et fixe une durée de validité qui vous sert de prétexte de relance. La mise en forme, la rapidité d'envoi et la facilité de signature n'ont rien de juridique. Elles font pourtant l'essentiel de l'écart entre un freelance qui signe la moitié de ses devis et un autre qui en signe un sur cinq.
Article vérifié le 9 septembre 2026. Les éléments juridiques concernent le droit français et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel sur votre situation.
